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Bric-à-brac: « du Tango sous mes bretelles »

Dernière mise à jour : 15 août

Cambalache,

Enrique Santos Discépolo, 1934.

Traduction d’André Vagnon


Que le monde ait été et sera une saloperie,

ça, je le sais bien…

Comme en 506, et en l’an 2000, aussi

Et qu’il y a toujours eu des voleurs,

Des machiavels et des escrocs,

des gens heureux et des aigris,

du vrai et du toc…

Mais que le 20° siècle

soit un étalage

de méchanceté insolente,

il n’y a personne pour le nier.

Nous vivons vautrés

dans la mélasse,

Et tous roulés

dans le même bourbier.


Aujourd’hui, cela revient au même

d’être loyal ou traître,

ignorant, savant ou voleur,

généreux ou fripouille !

Tout est pareil !

Rien ne l’emporte !

C’est la même chose, un âne

ou un grand professeur !

Il n’y a plus de recalés

ni de promotion,

Les gens immoraux

sont à notre niveau.

Si l’un vit dans l’imposture

et l’autre vole par ambition,

c’est pareil que s’il est curé,

matelassier, roi d’opérette,

forte tête ou hors-la-loi !…


Quel manque de respect, quel accroc

à la raison !

N’importe qui est un monsieur !

N’importe qui est un voleur !

Confondus, les Stavisky,

Don Bosco et La Mignon,

Don Chicho et Napoléon,

Carnera et San Martin…

C’est comme dans la vitrine irrespectueuse

des brocantes,

la vie s’est mélangée,

et, blessée par un sabre sans garde,

on voit pleurer la Bible

adossée à un poêle…


Vingtième siècle, brocante

problématique et fébrile ;

celui qui ne pleure pas ne mange pas

et celui qui ne vole pas est un niais !

Vas-y hardiment !

Mais vas-y donc !

Et là-bas, dans la fournaise,

nous allons nous retrouver !

Ne réfléchis pas plus,

fais ton trou,

car cela n’intéresse personne

si tu es né honorable.

Tous sont pareils, celui qui travaille

nuit et jour comme un bœuf,

celui qui vit aux dépens des autres,

celui qui tue, celui qui soigne

ou qui est hors de la loi.


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