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« Jusqu'à ce qu'on en ait un » —L'orgasme de Wilhelm Reich

Dernière mise à jour : 7 août


Reich écrit : « l’homme doit de souffrir au fait qu’il est la seule espèce biologique capable de détruire sa propre fonction sexuelle naturelle ». Laissons de côté ce maigre constat, pourtant piquant, que l’original anglais est, sur ce point-là, bien plus catégorique que ne l’est sa version française : « man is the sole biological species that has destroyed its own natural sexual function and is sick as a consequence of this ». Il y a là, en fait, deux différences importantes dont la portée excède par ses incidences, et sur la théorie des névroses, et sur l’économie sexuelle reichienne en général, l’aspect sémantique.


L’homme ici ciblé n’a pas affaire à une capacité de nuire à sa propre sexualité, comme à une puissance la menaçant de loin ou ne pesant que sur quelques malheureux à qui il serait loisible de tomber ou non malades, si seulement ils respectaient des règles cautionnant sa marche naturelle, donc, pas troublée, pas détruite — tant s’en faut. Si puissance en est, elle est déjà remplie, et l’homme ne doit pas bonnement souffrir d’on ne sait quelle angoisse métaphysique, au contraire : il en est, de tout son corps, vraiment malade ( « sick »). Le choix des mots compte pour beaucoup dans un texte à vocation clinique. Mais quel est donc cette fonction naturelle dont Reich ne cesse pas de retrouver les débris chez la plupart de ses patients ? Évidemment, celle qui donne titre à l’ouvrage ici revu : La fonction de l’orgasme.


L’étude de la fonction orgastique joue dans l’économie sexuelle le même rôle qu’Œdipe dans la psychanalyse : guérir suppose l’élimination de l’impuissance dans un cas, comme la « résolution » du complexe dans l’autre. On sait de quel calibre sont les attentes de Reich concernant cette curation par une puissance orgastique régénérée qui ne doit pas seulement parer à la névrose, mais en finir ni plus ni moins qu’avec la peste du fascisme et le cancer. La chose avec l’orgasme c’est que, comme un rapport sexuel est souvent une expérience plus ou moins agréable, tout le monde croira en avoir eu bon nombre, jusqu’à ce qu’on en ait un. Et on peut parfaitement vivre, mourir, sans le savoir.

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