top of page

Le sujet, le fou et le psychiatre. —Commentaire au « Petit discours aux psychiatres » de Jacques Lacan (1967)


La psychiatrie tisse autour du fou et avec ses instruments (les douches froides, la chaise rotatoire…) le champ de son exercice. On fait semblant de méconnaître cette violence — première par rapport audit centrage — qu’à vouloir le « placer au centre », le psychiatre ajuste, nivèle, aplatit ce champ que la folie déstabilise, à l’instant même où elle échoue à en conjurer l’apparition : on ne parle jamais du « fou » sans le substantiver, sans le produire à sa place et, comble de combles, comme sujet, ce qui n’est pas la même chose que de le réduire au statut d’objet — on est assez rompu à toute sorte de sciences, mais pas aussi naïf comme pour pleurer au nom de quelque humanisme l’objectivation de celui que l’on dénomme le fou —. Or, tenter le double coup de le cerner, en faire son objet, et de le supposer être un « sujet » identique au moi-psychiatre, voilà qui rend risible, et on peut suivre sans peine Lacan sur toute la ligne, une pétition de « compréhension » dans ce contexte ; compression serait plus juste : pas de recentrement sans pousser de tous côtés (la folie tient du cercle ce que la médecine tient du cadre, et chacun sait que le carré est de la géométrie au degré le plus faible, la figure la mieux susceptible d’exploser).


Si nous ne parlons jamais sans perdre la maîtrise de ce que nous disons, au double chef des accidents qui peuvent venir s’immiscer, du côté des lapsus, des bégaiements, dans les failles de ce rouleau à lettres et sécrétions qu’est la chaîne signifiante, et aussi longtemps que notre parole s’adressera à un autre chez qui va se briser toute intention (personne ne sait ce qu’elle dit), Lacan bafoue à juste titre les demandes de compréhension et pis encore l’angoisse des professionnels de la santé qui logent ses petits « espoirs » dans le psychanalyste. Or, qu’il y ait du psychiatre ne veut pas dire qu’il y a du fou ! Quel mélodrame : « Sauvez-nous ! Dites qu’il existe bel et bien un art de se rendre la folie Intelligible ! Rapatrions-la dans les casses de notre ancienne nosologie, chiffre et blason d’une discipline qui à la belle époque d’Esquirol libéra les fous ! »

Posts récents

Voir tout

Commentaires


bottom of page