L'écoute flottante à la lumière du bloc-notes magique
Dernière mise à jour : 25 sept.
Une certaine figure du savoir dans l’analyse se dégage au croisement d’une relecture de la « Note sur ‘Le bloc-notes magique’ » de Sigmund Freud sur cette invention technique dans ses rapports analogiques à la mémoire. L’auteur y réfléchit sur deux procédés propres à sauver nos souvenirs de l’oubli, chacun desquels présente un avantage et un bémol. La feuille de papier déploie une surface dont la réceptivité idéale est frappée de finitude par saturation, ce qui la rend inapte à accueillir de nouvelles traces au-delà d’un certain seuil d’utilisation. En vertu de son caractère effaçable, l’ardoise contourne cette limitation, en ouvrant chaque inscription sur une étendue vierge ; son bémol, on le devine, c’est la perte en chemin de toute ancienne marque : « Ainsi, capacité réceptrice illimitée et conservation de traces durables semblent s'exclure mutuellement (…) : ou bien la surface réceptrice doit être renouvelée, ou bien les notes détruites ». Le bloc-notes magique est, quant à lui, un dispositif assez simple : sa base ou « tablette » est de la cire douce qu’un lambeau de celluloïd recouvre. Un stylet appliqué sur celui-ci y dépose des empreintes qui passent dans la cire sous forme de marques sombres : soulevez la couche supérieure, et les traces disparaissent. Freud décela dans cette invention un mécanisme proche de celui qui assure dans notre psychisme les tâches solidaires de réceptivité et de conservation susnommées dévolues au système Ps-Cs et à l’inconscient, respectivement. Or, il ne s’agit pas d’une analogie terme à terme et Freud se presse, en effet, d’y apporter une restriction : tandis que le bloc-notes magique remplit complètement la double exigence, notre appareil psychique aurait « une capacité indéfinie de recevoir des perceptions toujours nouvelles et pourtant il en fournit des traces mnésiques durables, même si elles ne sont pas inaltérables ». Nous retrouvons dans ladite restriction les éléments de réponse supportés plus haut dans notre billet sur le symptôme : le travail de l’inconscient s’apparente à celui d’un « troll » altérant, déplaçant toujours le savoir… pas tant, pas tout. Le bloc-notes magique nous paraît fournir ne pas seulement une image de la mémoire à l’interphase des instances freudiennes, mais de cette écoute flottante qui pendant la séance doit garantir la « réduction eidétique » de toute médiation livresque, de toute hâte et de tout jugement chez nous analystes qui en faisons une condition de notre clinique. Savoir en sourdine, donc, et « rétractile », tel un stylo à bille - ou un train d’atterrissage pour le transfert.

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